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La danse orientale en Egypte

Bref historique

La Danse Orientale est la danse d’Égypte tout d’abord, et par extension, des pays du proche Orient (Turquie, Liban…). Ses origines, bien que peu connues, semblent remonter à une dizaine de siècles, quand les Rroms arrivent en Égypte. C'est un pays d'accueil festif dont ils peuvent aisément récupérer les danses pour leurs spectacles de rue.
Cependant, il semble ne pas exister de traces écrites relatant cette danse, telle que nous la connaissons ou y ressemblant, avant le 18ème siècle (Henni-Chebri & Poché, 1998).

  

Deux groupes de danseuses vont se distinguer au fil du temps. Les Ghawazi (Tsiganes) qui dansent pour tout public, parfois affiliées à la prostitution, et les Almées (Egyptiennes), d’un rang social plus élevé . Cependant, il reste des doutes concernant l’activité danse des Almées qui étaient avant tout des musiciennes et chanteuses.
En 1837, le roi Mohamed Ali fait interdire la danse, accusée de nuire aux traditions et aux bonnes mœurs.
Grâce à l'arrivée d'une nouvelle clientèle, les touristes, l'interdiction est levée. Au milieu du 19e siècle, un style l'emporte sur tous les autres : le Raqs el Baladi. Progressivement, la danse entre chez les particuliers et dans les cercles aristocratiques.

Au début du 20ème siècle, l'arrivée de la variété, du cabaret et du cinéma va profondément modifier la danse. Au même moment, une femme jouera un rôle déterminant. Badia Masabni, à qui l'on doit l'invention du style classique « Raqs Sharqi », le solo féminin. Cette actrice de théâtre se reconvertit dans l'organisation de spectacles et ouvre un cabaret luxueux, "Le casino Opera", où de jeunes artistes élégamment vêtus vont se produire. A cette époque, la danse tient aussi une place importante. On y inaugure le tout nouveau « Raqs Sharqi ». Nouveaux rythmes, nouvel emploi de l'espace, nouvelles postures et surtout nouveaux costumes, strass, paillettes, soutien-gorge et jupe basse : la danse orientale est née. Les producteurs de cinéma se jettent sur l'occasion et ouvrent conjointement l'âge d'or de la danse orientale et de celui du cinéma égyptien, propulsant vers le succès Tahiyya Carioca, Samia Gamal et Naima Akef, actrice et danseuse qui apporte une rigueur technique à cet art grâce à son frère, Ibrahim Akef, grand chorégraphe de la danse orientale.



La danse orientale, telle qu’elle est apparue en occident, à travers les films américains des années 40 et à travers les récits fabuleux des voyageurs occidentaux romantiques, est devenue un exotisme. Le terme « orientale » précisément n'a été créé que par rapport à l’occident et par/pour les occidentaux. La danse orientale, « Raqs Sharqi » littéralement en arabe, n'est pas une danse traditionnelle, elle est "occidentalisée" en remplaçant l'esprit populaire par l'esprit de cabaret. A la fin du 20ème siècle et en ce début de 21ème siècle, une autre recherche, autre esthétique du mouvement, autre tendance émerge peu à peu. Des danseuses puisant dans les racines des danses arabes traditionnelles et populaires, font émerger une danse plus humaine, plus intime et remplie, plus contemporaine, avec des fondements artistiques forts. La danse n’est plus simplement esthétique mais expression et émotion. Ces danseuses, telle par exemple Soraya Hilal, Saâdia Souyah, May Kazan, Soraya Baghdadi, Saida Nait, Marie Al Fajr, Nuria Rovira Salat, Nawal Raad, Alexia Martin, Aihnoa Izaguirre (liste non-exhaustive, voir rubrique « Liens ») n’hésitent pas à puiser dans la danse contemporaine ou d’autres danses populaires pour moderniser une tradition, comme cela se fait également en Flamenco avec les artistes du "Flamenco Nuevo".

   
        Nuria Rovira Salat                         Nawal Raad                       Saadia Souyah                                       Alexia Martin


Les caractéristiques de cette danse


Techniquement, la Danse Orientale repose sur le principe des isolations des différentes parties du corps, avec peu de déplacements. La pratique de la Danse Orientale développe une meilleure connaissance du corps, entretient à la fois la souplesse et la tonicité musculaire.  Bien au-delà de l'aspect esthétique, elle permet surtout de s'approprier son corps et de poser sur lui un autre regard.

Les styles en Égypte


Le Shaabi (styles traditionnels ruraux)
Cette appellation comprend deux aspects différents: le Saïdi, musique du sud de l'Egypte aux rythmes lourds et à la mélodie lancinante et le Shaabi à proprement dit, qui vient des villages ruraux et des petites villes de toute l'Egypte. Le Shaabi fait partie intégrante de la vie des paysans. Le style Shaabi est rustique et fier. Le centre de gravité est placé dans le bassin, accentuant le coté terrien de la danse.

La Raqs el Baladi (style populaire urbain)
C'est le style urbanisé avec comme origine les chansons de la campagne. Il s'est développé en Egypte au début du siècle, lorsque la crise économique força les paysans à se rapprocher des villes. De cet exil, jaillit une musique vibrante exprimant la passion, la joie aussi bien que la douleur. Entre tradition et modernité, le style baladi reflète avec sensibilité l'âme égyptienne. Le bassin est le centre de mouvements lourds et fluides, l'énergie est plus contenue que dans le Shaabi. Le Baladi évoque une sensualité terrienne, faite de retenue, de puissance et d'émotion.

La Raqs Sharqi (style classique)
La forme sharqi ou « classique » fut à certaines périodes élevée au rang de danse de cour dans les palais royaux arabes des Xe et XIe siècles et durant l'ère ottomane au XVIIIe siècle. Le Sharqi connut une heure de gloire dans les années 1940-1950, à travers le cinéma égyptien qui met en lumière des danseuses stars comme Samia Gamal, Tahia Carioca ou Naïma Akef. Le style sharqi se reconnaît à son caractère lyrique. Il se définit par des gestes amples, de gracieuses arabesques des bras et du corps et par une grande fluidité dans les déplacements. Il est important de souligner que le Raqs Sharqi, dans une recherche d'authenticité et de respect de la tradition, est bien loin des clichés de danse du ventre et autres divertissements à paillettes.